Rencontre avec Francine D., participante

Francine D., la doyenne du groupe de Silence, ON danse !, adore s’enrichir de sa passion pour les arts et la communication. Elle s’est inscrite au projet pour s’initier à la danse contemporaine, mais également pour apprendre à mieux communiquer avec des personnes sourdes. Nous l’avons rencontrée pour qu’elle nous partage ses impressions.

Francine, qu’est-ce qui te marque le plus dans la mixité du groupe ?

Ce qui me marque le plus, c’est la difficulté de communiquer. Je me suis inscrite au projet pour apprendre à mieux communiquer avec des personnes sourdes à travers la danse contemporaine. C’est lorsque j’ai parlé aux participants sourds avant et après l’atelier que j’ai constaté que je ne savais rien de la langue des signes. Ça m’a surprise de voir que les personnes sourdes regardent l’interprète pour comprendre, et non la personne qui parle devant elle. C’est une culture que je ne connais pas. J’ai appris beaucoup, je me suis dit : Francine, tu ne connais rien là-dedans ! Comme je ne connais pas la culture de la langue des signes ni le vocabulaire des danses contemporaines, je veux vivre et comprendre l’expérience à tous les niveaux. Pour m’aider, j’ai trouvé un livre paru en février 2018 intitulé
 Paroles de Sourds : à la découverte d’une autre culture,
de Patrick Belissen.

Dans un des exercices en duo proposés par Emmanuel, Élise exécutait une chorégraphie et chacun devait écrire l’histoire que ça lui inspirait. Il fallait ensuite danser l’histoire que l’on venait d’écrire. J’étais contente parce que j’ai été jumelée avec Catherine, l’une des élèves sourdes. J’ai adoré faire l’exercice avec elle parce qu’on était toutes les deux dans ce qu’on appelle le langage du corps. C’était extraordinaire. Quand Emmanuel a proposé qu’on change de partenaire, j’ai souhaité rester avec elle. Dans l’étape suivante de l’exercice, chacun dessinait ce qu’il avait préalablement dansé. Le dessin de Catherine, c’était complètement ce qu’elle avait dansé. Je n’en revenais pas ! À ce moment-là, je sentais que je communiquais avec elle. J’étais contente, je suis venue ici pour ça !

Comment est-ce que le projet t’interpelle ?

J’adore le projet. Il me bouleverse profondément. Ce qui me bouleverse, c’est la difficulté qu’ont les êtres humains à communiquer. Je la vis autant avec les entendants qu’avec les malentendants. Je dis ça parce que moi, je suis venue seule ici, pour aller vers l’autre. Lorsque tu viens avec un ami, tu es porté à aller parler à cette personne-là et non aux autres. Tu es aussi porté à aller faire les exercices en duo avec elle. Je veux éviter ça absolument, car c’est une expérience exceptionnelle, unique, et on a juste une vie à vivre !

Tu disais plus tôt distinguer plusieurs langues au fil des ateliers. Peux-tu nous en parler davantage ?

Il y a la langue des signes, que je ne connais pas. Le langage corporel, qu’on peut tous avoir, qu’on soit entendant ou malentendant. Il y a la langue française, et je découvre qu’il y a une quatrième langue. C’est la langue des silences : la difficulté de communiquer, qu’on soit entendant ou malentendant. Je la constate entre les malentendants et entre les gens qui utilisent la parole. Ça me touche…

Qu’apprécies-tu de la danse contemporaine ?

Pour moi, la danse contemporaine permet d’avoir un langage corporel unique. La danse apporte une libération… la possibilité d’être soi-même, en relation avec notre âme. Lorsqu’on danse, on danse de l’intérieur. Ça semble extérieur, mais c’est notre âme qui parle et c’est notre corps qui l’aide à parler.

Lorsqu’on danse, qu’on interprète une phrase, on n’est pas sourd, on n’est pas entendant : on est ensemble. Et je pense qu’on a beaucoup moins peur. Je sens qu’il n’y a pas de peur. Je regardais les participants sourds danser et me disais : ah, que c’est beau !

On se fait confiance en groupe, et ça prend du temps que de réussir à se faire confiance. La confiance s’est établie grâce à Élise et Emmanuel : ils sont tellement accueillants, ce qui fait qu’on n’a pas peur. On n’est pas dans la performance et on n’est pas dans la compétition parce qu’eux ne le sont pas. J’ai hâte de voir avec le public jusqu’où on va être capable d’aller ! J’ai hâte de voir ça.

C’est donc un rendez-vous le 21 avril à 14 h, à Circuit-Est, pour découvrir les fruits du travail des participants.

 

 

 

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